La vision
était floue. Il était impossible de distinguer ce qui
se cachait derrière ce brouillard impénétrable
qui séparait l’action de nos yeux. Mais…on
comprenait vite. La vue était presque inutile. Les lames qui
s’entrechoquent, le sifflement des flèches dans le
vent, les cris… Il n’y avait besoin d’yeux pour
comprendre ce qui se déroulait.
Finalement, le brouillard se
dissipait enfin. Le voile tombait peu à peu, laissant place
tout d’abord à un grand vide puis rapidement à
la source de ces bruits. Les traits se firent plus précis,
la situation se fit plus net. Les bruits même, encore
étouffés s’élevèrent.
Ce qui
apparut enfin était un groupe armé, une bonne
poignée de soldats, deux cents tout au plus, armes à
la main, épées en garde ou arcs levés qui
attendaient le combat. Chaque homme semblait effrayé,
apeuré mais cet attroupement faisait face. En ligne, chacun
protégeait son voisin, ami ou frère, chacun
était prêt a brandir sa lame et à tuer son
ennemi. Jeunes comme anciens, chacun était prêt.
Quelques hommes plus hauts gradés menaient le groupe
à l’avant. La troupe ennemie se préparait
à charger. Un jeune homme du groupe pleurait, effrayé
mais courageux, il resta en place. Les hommes à
l’avant rassuraient la troupe et la motivait. Ils criaient
à tort, que rien n’était perdu.
Le paysage
se découvrit enfin, lui aussi. La journée tendait
vers sa fin, l’obscurité allait prendre place sur
Guëlinea. Autour de ce groupe, a une demi lieue
derrière leur position se tenait une immense cité. On
voyait une immense porte, massive, argentée et une immense
muraille bordant chacun de ses côtés. Puis à
l’arrière, se tenait une ville immense avec un palais
en son centre dont seules les plus hautes tours étaient
visibles en dehors des remparts. L’une d’elle
était tombée, laissant place au vide. Le reste de la
cité était en piteux état. Les magnifiques
maisons blanches étaient pour la plupart tombées, le
feu ravageait sans cesse de plus en plus d’habitations et les
pluies de pierres des catapultes avaient détruit toutes les
plus grandes structures de la ville.
Un grand
homme de la compagnie, le plus à l’avant, prit la
parole. Jeune, il avait de longs cheveux blonds brillants tel un
soleil. Sa grande armure lui donnait un air de roi mais ses yeux
verts semblaient crier d’effroi.
-
Frères ! Aujourd’hui est peut être notre dernier
jour sur ce monde et peut être la vue de notre denier coucher
de soleil sur Guëlinea, dit-il en regardant l’astre qui
tombait peu à peu sur l’horizon. Je suis conscient que
ce que je vous demande est de donner vos vies.
A ces
paroles certains soldats sanglotèrent mais aucun ne partit
et n’interrompit le capitaine qui continuait à parler
à ses hommes, qu’il connaissait depuis si
longtemps.
- Mais je
vous demande de vous battre ! Je vous demande de donner vos vies
pour en prendre d’avantage en échange, je vous demande
de tenir, de donner la chance aux hommes de voir demain ce
même soleil qui nous quitte aujourd’hui !
Tous
levèrent le poing, brandissant leurs épées au
ciel, larmes aux yeux et hargne dans le cœur. Hargne de tuer
leur oppresseur qui avait éteint la vie de tant de leurs
amis, de leurs femmes ou de leurs frères !
- Que
chaque lame écorche et tue autant de soldat qu’elle le
peut ce soir ! Pour la reine !
Le
capitaine attrapa son cor orné d’argent, souffla de
tout son cœur dans celui-ci et se mit à charger,
chaque homme criait, chargeant à son tour derrière
son chef dans un espoir infini de réussir à abattre
son ennemi et sauver sa cité. Il savait, qu’ils
étaient le dernier espoir et la dernière force de la
cité. Seule la garde de la cité et quelques hommes
tenaient encore leurs arrières. Plus rien d’autres ne
retenait l’ennemi jusqu'aux portes de la cité.
L’ennemi vers lequel le groupe chargeait maintenant
était de trois fois plus grand en nombre au moins. Le nombre
ne restait pas le facteur le plus effrayant. On voyait des hommes
à l’arrière mais des Diarts et des
Raka’Dun composaient l’avant. Des Raka’Dun ! Les
monstres ressemblaient à des ombres. Immense et imposants,
ils semblaient indestructibles. Et ils les attendaient ! Il
n’avait pas pris la peine de charger vers les hommes, ils
avaient gardé leur position, sûrs d’en finir
facilement.
Le combat
des hommes avait duré toute la journée, tout autour
de la cité pour repousser l’ennemi et seul le groupe
pouvait maintenant, devant les portes, retarder
l’inévitable. Les catapultes ennemies n’avaient
cessé de bombarder la ville, leurs hommes chargeaient sans
interruptions et leurs guerriers étaient
réputés pour être d’excellants
combattants. Les monstres n’étaient pas une mince
affaire non plus ! Les femmes, les enfants, tous y étaient
passés. Certains avaient même
préféré se suicider devant l’horreur,
préférant leur mort à la vision d’une
guerre perdue d’avance où leurs amis et leurs
frères d’armes tombaient un à un.
Les hommes
arrivaient sur l’ennemi. Ils courraient à en perdre
haleine…ils courraient vers leur mort. Un homme criait pour
venger sa fille, un autre, pour sauver sa reine. Lorsqu’ils
fondirent sur l’ennemi, la première ligne de soldats
fût terrassée. Les monstres ennemis, massifs,
étaient équipés de grandes lances et le combat
commença. Le capitaine, resta debout, lui et engagea le
combat. Il tua deux monstres, d’un seul coup de son
épée dans un cri de rage. Son épée
était immense ; ornée du saut de Guëlinea... Cet
homme était un prince. Le prince de Guëlinea combattait
à l’avant ! Ses amis, à côtés de
lui étaient mis à mal, certains tuèrent
quelques monstres avant d’être transpercés par
une flèche ou une épée. Ils se battaient
vaillamment.
- Pour la
reine ! Battez-vous pour votre peuple ! Cria le prince.
Le combat
ne se déroulait que dans un sens. Les hommes perduraient
à tenter de tenir mais leur ennemi était trop
nombreux ! Quelques monstres tombaient, quelques hommes ennemis
aussi mais le sol avant verdoyant était désormais
jonché de cadavre et de sang des hommes de la reine.
- Des
sorciers ! ! Cria soudain un jeune homme apeuré avant de
tenter de s’enfuir.
Le courage
laissait désormais place à la peur. La moitié
du groupe avait été tué, par la force ou par
le nombre alors que l’ennemi n’avait subi que quelques
pertes, minimes au vu de leur nombre. Que fichait des sorciers ici,
bon sang ? ! Ils étaient devenus si peu
nombreux…comment pouvaient-ils s’être
allié avec leur ennemi ? De longs bâtons se
soulevèrent du sol, des incantations de ces hommes, maigres
et grands, vêtus de longues tuniques noires,
s’approprièrent l’espace du combat. Des boules
de feu fusèrent, enflammants les hommes qui criaient de
peur. Quelques hommes jusque là encore au combat, se mirent
à pleurer et tentèrent de déguerpir, sans
jamais y parvenir. Ils étaient tués si
rapidement… Leur nombre diminuait plus vite encore
maintenant.
Un homme
soudain, monté à cheval apparu. Equipé
d’une immense armure au tons rouges qui lui couvraient le
corps, il vint, sourire au lèvres face à ses ennemis.
Son visage était dur, imposant, tout comme sa taille. Une
longue cicatrice sur la joue le rendait effrayant. Leur chef
était là, devant ce prince insignifiant pour lui. Il
descendit et sans un mot, s’avança. Il s’arma de
son épée, jusque là encore a son flanc et la
porta en direction de l’homme. La garde de l’arme
rougeoyait
- Ne
combat pas, jeune prince. C’est inutile. Ta défaite
est totale. Abandonne, tu n’as plus d’espoir.
La sueur
perlait le magnifique visage du jeune homme aux teints blonds. Il
mis son épée en garde devant le géant qui lui
faisait désormais face et se prépara au combat alors
que ses alliés subissaient encore de nombreuses pertes
à quelques pas de lui.
-
Pour la reine, murmura t’il avant de s’élancer
dans un cri d’espoir.
Le chef,
se mit en garde et contra le premier coup qui lui fût
porté en direction de la poitrine avant d’en assener
un en direction de son adversaire. Certains ennemis, peu
touchés par la mêlée se mirent à
regarder le combat qui s’annonçaient passionnant. La
lumière du jour se voilà peu à peu laissant
place à une nuit sans lune.
Le jeune
prince subissait depuis peu les assauts du chef ennemi. Il arrivait
à prendre le dessus peu à peu. Sa
dextérité était impressionnante et le prince
chavirait peut à peu. Il contra une nouvelle attaque et
réussit à se dégager pour frapper. Il toucha
légèrement son ennemi à l’épaule
droite et retira rapidement sa lame. Il n’avait même
pas bronché ! Aucune réaction ! Il était
touché mais il ne fît que relever sa lame et
sourire.
- Bravo,
prince ! Tu m’as touché mais…Ce sera la
dernière fois que tu m’atteindras !
Il cria
d’une force impressionnante et abaissa de nouveau sa
lame.
Les
alliés du prince n’était plus qu’une
bonne dizaine. Les autres, regardaient avec appréhension le
combat.
Tout se
déroula alors très vite. Le prince vit ses assauts
repoussés, férocement. Il n’arrivait même
plus à contrer entièrement les attaques. Les coups
qu’il recevait semblaient engourdir son bras, toujours de
plus en plus. Soudain, sa lame sauta de sa main et sans comprendre,
il fut transpercé par la lame de son adversaire en plein
ventre.
L’homme eut un rictus puis éclata de rire.
- Je
t’avais prévenu, prince. Regarde autour de
toi…Tu es seul, absolument tout seul !
Le prince
réussit à tourner la tête et voir le champ de
bataille. L’homme avait raison, le massacre était
complet. Aucun des hommes du prince n’avait survécu.
L’assaut avait été téméraire,
tumultueux…non, le mot était plutôt :
impossible ! Les cadavres au sol étaient
brûlés, transpercés et la plupart appartenait
à son rang. Il avait raison, la défaite était
totale.
Une petite
larme vint perler sa joue gauche, il regarda son ennemi puis le
soleil qui sombra totalement. Cela avait bien été sa
dernière journée sur ce monde. Il ne la regrettait
pas comme toute les autres. Enfin, le géant cria et sortit
la lame du corps du prince qui tomba, inerte au sol, face contre
terre.
Le
spectacle laissa place à un cri de victoire. Le chef calma
la troupe et cria en levant sa lame :
- Allons
rencontrer la reine, désormais !
Il rangea
son impressionnante épée dans le fourreau à
son flanc et sans plus de mots, une partie de l’armée
se détacha, comme le plan l’avait prévu et
suivit l’immense homme. Les monstres les plus forts et
impressionnants se tenaient avec lui. Les Diarts et les
Raka’Dun l’avaient presque tous suivi, tels des ombres,
plus sombres que la nuit. Les deux noms de ces monstres
étaient réputés désormais dans tout
Guëlinea pour leur cruauté. Les Diarts semblaient
ombres, noirs et sombres. On ne remarquait pas leur visage,
caché par un voile. Les Raka’Dun, eux, étaient
d’immenses guerriers dont les lames étaient
impressionnantes. Plus grandes que des épées et plus
épaisses, on disait qu’elles avaient été
forgées dans les Monts Obscurs. Leurs visages terrifiants,
percés d’anneaux et perlés d’yeux
sombres, rouges les caractérisaient. Quelques sorciers et
hommes suivirent aussi leur seigneur.
Tout le
groupe marcha vers la porte principale de la cité, encore
debout.